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En fait, avant la colonisation française, sauf exception, la majorité des régions berbérophones d'Algérie étaient des régions bilingue. Les différents parlers berbères (intimement liés aux lieux, Ce qui fait qu'il n'y a jamais eu de « berbère commun ») étaient utilisés comme langue de communication familiale, domestique et locale, et la langue arabe (beaucoup plus raffinée que maintenant !) comme langue interrégionale, nationale, civilisationnelle et bien sûr religieuse. L'arabité n'étant pas un marqueur ethnique, mais un marqueur culturel, cela ne gênait aucunement les habitants des régions berbérophones de se revendiquer de cette héritage culturel général. Plus que cela, ils apportèrent une contribution appréciable (je ne prends que deux exemples : l'Andalousie arabo-musulmane, dont ont peut dire qu'elle fut arabo-berbère ethniquement, et arabo-musulmane culturellement ; et la fondation du Caire en Egypte, avec les Fatimides). N'oublions pas que durant un bon millénaire, les différents parlers berbères utilisaient pour se maintenir la graphie arabe ! Il se trouve que les linguistes estiment que la langue arabe et les différents parlers berbères font partie de la même famille dite « chamito-sémitique », avec d'autres langues comme le phénicien, l'akkadien ou le copte. La cousinage entre les langues a largement aidé à l'intégration de l'arabité dans les cultures populaires.

Avec la colonisation française, ces régions berbérophones et, en particulier, l'une d'entre elle, la Kabylie, vont être l'objet de toute les attentions ! Le projet de ce que les historiens appellent la « politique berbère » de la France était de fabriquer un « bon » berbère, un « bon » kabyle, républicain, laïc, démocrate, civilisé, bourgeois, procolonial. Cet « berbère », ce « kabyle », se distingue résolument de l'« arabe » », fourbe, féodal, esclavagiste, inapte à la civilité, inculte et barbare. A travers les missions religieuses (comme celles des Pères Blancs) et une certaine scolarisation, le projet était de désarabiser la Kabylie, notamment par la langue. En réalité, le fond de cette « politique berbère » était de passer du bilinguisme arabo-berbère à une nouveau bilinguisme, franco-berbère. Heureusement, et sereinement, naturellement, la Kabylie résista pour sauvegarder, contre la France, sa culture arabo-musulmane. Je prends ici un seul exemple. Lalla Fatma ne fut pas une « Jeanne d'Arc kabyle », et elle ne s'est pas levée au nom de la Kabylie, ni pour les kabyles. Cette femme, à la vie héroïque, ne peut pas être revendiquée par le courant berbéristes anti-arabe et souvent anti-islamique. Cette femme et sa famille faisaient parties en Kabylie du pôle culturel arabo-musulman (je dis bien « arabo-musulman » et pas seulement « musulman »). Elle est née dans une famille membre de la tariqa Rahmanya. Son père, Sidi Mohammed Ben Aïssa, était le moqaddem de la zaouia du Cheikh Sidi Ahmed Améziane de cette tariqa. Son père enseignait la langue arabe dans une école coranique ! Cette riche culture arabo-musulmane, spirituelle et ascétique, a été transmise à sa fille. Après son mariage, elle s'est profondément engagée dans la vie de la zaouia rahmanya à Ouerja. Arrêtée sur le front de la révolution, incarcérée, placée ensuite en résidence, elle meurt à l'âge de 33 ans. Plus tard, ce sont les écoles, en Kabylie, du mouvement des Oulémas, autour du Cheikh Ben Badis qui jouèrent ce rôle...

Malheureusement, vinrent les années 1960 (essentiellement à partir de 1966), et le travail de subversion anti-arabe et anti-berbère d'un groupuscule néofasciste, lié à l'extrême droite française : l'Académie berbère....