Mohammed Laïd El Khalifa

Ce chevalier des Lettres est né le 28 août 1904, à Aïn-Beïda. D’origine rurale, sa famille est profondément relieuse et attachée aux traditions. Il descendrait de la tribu des Ouled Séoud. Les ancêtres de Mohammed Laïd El Khalifa s’étaient fixés dans la région d’Oued-Souf, dans le village de Kouinine. Il fait ses études primaires à l’école coranique d’Ain-Beïda. En 1918, la famille quitte cette région pour Biskra. Ses premières années de formation se dérouleront sous la direction de grands érudits comme Tayeb Al-Okbi, Ben Mokhtar El-Illaoui et Mekki El Djouneïdi. Il fera aussi des études à la Zitouna, en Tunisie, études qu'il devra interrompre pour des raisons familiales. Mais il ne cessera d'apprendre et de se former toute sa vie. C'est par la poésie la plus pure que ses espérances, ces désirs, ces visions s'exprimeront. Ainsi, à l'âge de vingt ans, il écrivait son premier poème, qui célébrait le lancement d'un nouvel organe de presse en Tunisie, le journal Al- Asr. Il fut publié à la Une de celui-ci, pour le grand bonheur du jeune Mohammed.

Intellectuellement et politiquement, il rejoint le camp des nationalistes islahistes, avec l'Association des Oulémas Musulmans Algériens, du cheikh Abd al-Hamid Ibn Badis, dont il sera l'un des fondateurs. Il enseigne dans la medersa de Biskra, tout en développant son travail dans la presse islahiste (Sada Sahra, Al Muntaqid, Achihab, Al-Islah). Il aura aussi la responsabilité durant une décennie de la medersa de la Jeunesse musulmane, à Alger. Ses activités le mèneront à Biskra, Batna, Aïn M’lila. Il dirigera la medersa de cette dernière. Il est dans cette ville au moment du déclenchement de la révolution du premier Novembre 1954. Les autorités coloniales ferment la medersa. Mohammed Laïd El Khalifa est arrêté, mis en prison et ensuite expulsé à Biskra où il resta sous surveillance jusqu’à l’Indépendance. La communauté des poètes, regroupée dans l’Union des écrivains algériens, lui décerne en 1966, le premier prix du meilleur poète d’expression arabe. Le Ministère de l’éducation nationale, dans la foulée, édite ses œuvres poétiques : Diwan (1967, SNED). Le Diwan est régulièrement réédité. Plusieurs de ces poèmes sont connus des jeunes algériens, car sa poésie est partie intégrante de l'enseignement scolaire et supérieur. Il est mort mort le 31 juillet 1979 (que Dieu l'accueille dans son vaste paradis), à Batna, des conséquences d’une maladie grave contractée quand il fut emprisonné.

Sa poésie n'est pas seulement le reflet de son âme personnelle, elle est aussi l'expression de la profondeur arabe et islamique de l'Algérie, et le reflet également des aspirations de la Nation arabe vers la liberté.

Algérie (fragment)

Peuple aux têtes ployées
Écrasé sous le poids du voisin,
Sache.
L'Arabe était roi, jadis,
De la terre, jusqu'à l'étoile du matin.
Toi, sur le sol où tu naquis,
N'auras-tu conquis pouvoir ni honneur ?
Vrai patrimoine est ton pays. Garde.
Veille.
Défends. Défends-le.
Cette terre est ta mère où pour toi brille
Le soleil. Aime-la, vénère-la.
Ta seule religion est ton trésor.
Ne t'en écarte point encore.
Que ta vie soit une guerre, la défense du faible.
Arme-toi.
N'admets pas.
Point d'usines dans ton pays ?
Hélas ! C'est donc un pays en ruines.