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Je vous salue, chers frères travailleurs, et je remercie en votre nom, tous les invités qui ont honoré ce Congrès par leur présence avec nous dans cette salle.

C'est un grand honneur pour moi de prendre la parole, même brièvement, devant ce Congrès qui s'inscrit dans le cadre de la marche que nous avons entamée avec la Charte nationale et qui sera couronnée par le Congrès du Front de Libération Nationale.

Ce Congrès se tient dans un climat de clarté idéologique et de précision dans les options, il se tient dans le cadre d'une série de Congrès ayant pour seul but, de donner une assise solide aux Travailleurs et à la Révolution socialiste. La Charte nationale stipule, en effet, que les travailleurs représentent l'une des principales forces sociales de la Révolution aux côtés des fellahs, des jeunes et des djounoud de l'ANP.

Nous assistons donc avec vous à ce congrès qui se tient précisément après les débats populaires que le peuple a vécus pour la première fois dans son Histoire, j'entends les débats qui se sont déroulés autour du projet de la Charte nationale, des principes qui l'énoncent et de la philosophie qui s'en dégage. Il se tient également après que le peuple se soit doté d'une Constitution permettant ainsi à la Nation de passer de la légalité révolutionnaire à la légalité constitutionnelle.

(...)

Mobiliser toutes nos énergies.

Chers frères, chères soeurs,

Ce sont là quelques remarques par lesquelles j'ai voulu contribuer personnellement à ce Vème Congrès. En tant que Direction, nous oeuvrerons continuellement pour le maintien de ce climat.

De même que nous travaillerons pour la mobilisation de toutes les énergies, particulièrement en cette étape difficile que traversent le monde arabe et notre région maghrébine.

Cette étape nécessite la vigilance de tous les travailleurs et de toutes les forces vives de la Révolution. li nous faut donc traverser cette étape avec succès, car ce qui se passe au Moyen-Orient fait saigner les coeurs. On nous a dit que les Arabes avaient remporté une victoire en 1973 et voilà que ceux qui ont gagné cette bataille sont ceux-là même qui sont allés en Palestine, pour ne pas dire en Israël, dans le but de vendre les Palestiniens. Je dis ici que je n'ai aucun problème personnel avec le président Mohamed Anouar Es-Sadate qui, ces derniers temps m'a attribué des déclarations qu'il affirme avoir entendues de ma bouche. A supposer que tout cela soit vrai, ce n'est tout de même pas moi qui lui ait demandé de se rendre en Israël Nous n'avons rien dit de pareil, parce que nous ne sommes pas de la génération des défaitistes.

Au contraire, nous sommes les enfants d'une Révolution qui a triomphé par la force des armes. Parce que nous sommes de la génération qui a connu le colonialisme, la répression, la torture, l'expatriation et la famine, mais qui n'a jamais abandonné la lutte et qui a continué à proclamer que nous sommes Arabes et Musulmans, et que l'Algérie demeurera une terre arabe et musulmane. C'est cela l'Histoire et c'est pourquoi nous l'avons évoquée.quelque chose, ne transige ne dévie et ne se soumet jamais. Les causes des peuples ne se mesurent pas sur vingt ou trente ans.

Nous avons dit au président égyptien, en toute fraternité, que lorsqu'il ne sera plus d'accord avec les Palestiniens, nous nous opposerons à lui et c'est ce qui est arrivé effectivement.

Est-ce que le président Es-Sadate a eu un différend avec les Palestiniens ou non? Certes, oui. Vous avez tous affirmé, chers frères, et d'une seule voix, celle du peuple algérien, que le président égyptien est en désaccord avec les Palestiniens parce que, en allant à EI-Qods occupée, il a reconnu que cette ville est la capitale d'Israël. Ce que les Américains eux-mêmes n'ont pas encore fait.

En effet, lorsqu'il s'est rendu en Palestine occupée, il visait à la récupération de son territoire, c'est-à-dire le Sinaï. En même temps, il reconnaissait définitivement, au nom des Arabes et au nom des Palestiniens, que cette terre n'était plus la leur. C'est en cela que consiste le différend qui nous oppose à la politique suivie par le président égyptien.

Nous ne voulons, en aucun cas, rendre la situation arabe plus complexe qu'elle ne l'est.

Nous n'avons aucune inimitié à l'égard du peuple égyptien qui, à l'instar des autres peuples arabes, s'était rangé à nos côtés pendant la lutte.

Mais affirmer que sans le soutien de tel ou tel peuple, l'Algérie ne serait pas devenue indépendante, c'est commettre une grave erreur et falsifier l'Histoire.

 

Toujours aux côtés des Palestiniens.

Le différend qui nous oppose à certains de nos frères du Machrek est donc d'ordre historique. C'est pourquoi nous ne pouvons nous taire, dans certains cas, car ce serait trahir le peuple palestinien qui va d'une expatriation à une autre et d'un massacre à un autre. En outre, on nous dit aujourd'hui que la résolution du problème est détenue à 99 % par tel Etat.

De mon côté, je ne reproche rien à l'Amérique, qui défend ses intérêts stratégiques dans la région et qui travaille à leur conservation. Mon reproche s'adresse plutôt à ceux qui n'ont pas su faire face à leur destin avec la volonté et la détermination qui s'imposent.

La réalité, aujourd'hui, c'est qu'Israël occupe le Sinaï et d'autres régions des pays arabes.

Il joue le rôle de gendarme et assassine un peuple au vu et au su des amis de l'Etat, dont on dit qu'il détient 99 % de la solution.

Que reste-t-il donc aux Palestiniens sinon d'être rejetés à la mer ?

Il n'existe pas de différend entre le peuple égyptien et nous. Nous n'avons pas eu dans le passé de différend personnel avec la Direction de l'Egypte, que ce soit du temps du président Djamel Abdel Nasser ou du temps du président Es-Sadate. Mais les déformations des propos et les falsifications historiques ne servent à rien en ces moments graves. De là découle notre position à l'égard du Front arabe de résistance, malgré le petit nombre de pays qui le composent. Car ce qui compte, ce sont les principes et non le nombre. Nous nous sommes tenus et nous nous tiendrons aux côtés du peuple palestinien.

Le problème n'est pas un problème de leadership ni de création d'axes. On a prétendu que l'Algérie voulait créer, dans le cadre du Front arabe de résistance, un axe pour faire face aux problèmes de la région. Nous sommes, quant à nous, en mesure d'y faire face comme nous l'avons toujours fait. Si nous nous tenons aujourd'hui aux côtés du peuple sahraoui, c'est parce que nous oeuvrons pour le triomphe du droit. Nous ne défendrons aucun intérêt égoïste. Nous soutenons les faibles, les opprimés, les persécutés. Nous voulons empêcher que s'accomplisse cette tuerie à nos frontières.

Si j'ai abordé ce sujet, c'est pour que la position de notre pays soit claire et sans équivoque. Car il y a des gens qui, emboîtant le pas à la propagande occidentale, qualifient de courageuse, l'attitude d'un homme qui traite en ami, celui qui a usurpé son territoire .n n'était pas moins nécessaire de souligner que certains ont pris leurs responsabilités alors que d'autres observent, hélas, le silence. Un silence qui dure et qui peut signifier une sorte d'approbation. Ce silence est favorisé par ce qu'on se plaît à appeler une politique pétrolière modérée qui, en fait, sert en premier lieu les intérêts de l'Occident et des pays industrialisés au détriment du Tiers-Monde.

L'Algérie, quant à elle, en participant à la réunion de Tripoli, en organisant une réunion du Front arabe de résistance à Alger, et en assistant à la réunion de Damas, a tenu à affirmer une fois de plus sa ligne de conduite, constante et juste dans le soutien qu'elle apporte à la Révolution et au peuple palestiniens dans l'épreuve qu'ils traversent.

C'est là mon dernier mot et je vous souhaite plein succès dans vos travaux.

Source : ANN, 1978