Mohamed Seghir Ghanem

C'est dans la nuit du samedi 24 à dimanche 25 février 2018 que Mohamed Seghir Ghanem est mort, au Centre hospitalo-universitaire, CHU-Benbadis de Constantine. des suites d’une longue maladie Il avait atteint l’âge de 80 ans. Si je consacre quelques lignes à cet homme c'est parce qu'il fut l'un des plus grands historiens algériens et arabes, avec comme spécialité l'Algérie et le Maghreb de l'Antiquité. Des centaines d'étudiant furent formées par lui aux universités de Constantine et d’Alger, pendant près de 40 ans. Malheureusement, sa disparition n'a fait aucun bruit, à part une petite brève de l'APS, et quelques articles ici ou là. Il a été enterré au cimetière central de la commune de Djemora. Qu'Allah l'accueille dans Son vaste paradis.

 

Mohamed Seghir Ghanem est né dans le village de Djemora, dans la wilaya de Biskra en 1937. Amar Ghanem, imam et proche du défunt, rapportait que Mohamed Seghir Ghanem avait fait ses premières études auprès des chouyoukh Rekibi et Dehina. Après l'appel du 19mai 1956, il rejoindra la révolution en intégrant les rangs de l'Armée de Libération Nationale. Après 1962, il reprendra ses études supérieures en Algérie et à l’étranger. Il deviendra notamment professeur d’enseignement supérieur de l’histoire ancienne et de l’archéologie Punique, et de civilisation maghrébine à l’université Mentouri de Constantine. Il a assuré la direction du Laboratoire « Repères de la civilisation dans l'Est Algérien ». Mine d'érudition, il s'était initié plus particulièrement à l'épigraphie phénico-punique. Sa thèse portait sur la présence punique en Algérie.

Son œuvre est immense. Parmi ses nombreux ouvrages, une vingtaine d’ouvrages !, citons notamment :

Makalat et A’raa fi Tarikh Al Djaziar (Articles et opinions sur l’Histoire de l’Algérie),

Al Maalim Al Hadaria Fi Al Chark Al Djazairi’(les monuments civilisationnels dans l’Est algérien, période pré-histoire)

Al Taouassoue Al Finiki fi Gharb Al Moutawassit’’ (L’expansionnisme Phénicien à l’ouest de la Méditerranée)

Cirta la Numide, naissance et évolution (Éditions Dar el Houda, 2008)

Commentaires et réflexions sur l'Histoire ancienne de l'Algérie (Éditions Dar el Houda, 2009)

 

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Et c'est sans compter sa participation à de nombreux colloques universitaires nationaux et internationaux.

 

Nouar Lembarkia, secrétaire général de l’association Histoire et patrimoine de la région des Aurès, disait de lui : « Nul ne peut étudier l’histoire ancienne de l’Algérie sans passer par les écrits et études réalisés par le défunt Ghanem durant plusieurs décennies de fouilles dans le patrimoine matériel et immatériel appartenant aux différentes phases de l'histoire les plus reculées du pays ». Mais son érudition n'a jamais été sèche, détachée. Son neveu, Abdelhafid Ghanem, évoquait lors des funérailles sa bonté, sa modestie envers tous, sa passion pour le savoir et la recherche.

 

Une haute vision de l'histoire nationale

Pour Mohamed -Seghir Ghanem, l'Algérie arabo-musulmane pouvait s'enorgueillir que sa profondeur soit grande, très grande ! Au cours d’une conférence animée à l’occasion de la clôture du mois du patrimoine à la maison de la culture Mohamed-Laïd Al Khalifa de Constantine, l'historien soulignait que notre histoire remontait à « plus de deux millions d’années », en basant sur les travaux issus des fouilles effectuées dans les années 1930 à Ain Lahneche, près d’El Eulma (Sétif).

 

L'actuelle offensive idéologique des franco-berbéristes veut nous faire croire que le passé préislamique de l'Algérie serait « purement » berbère, et que son arabité serait externe, venue d'Orient à partir des 9ème et 10ème siècles de notre ère. Le travail de Mohamed Seghir Ghanem permet d'entrevoir, au contraire, que les liens fraternels entre l'Algérie antique et ce Proche-Orient sont antérieurs d'au moins mille avant l'arrivée de l'islam. Une grande partie de son œuvre, à redécouvrir, portait en effet sur les relations les royaumes numides et Carthage, et sur la présence d'une grande partie de l'Algérie au sein de la grande civilisation punique.

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Lors d’une Journée d’études et de sensibilisation sur la protection du patrimoine, tenue en 2009, Mohamed Seghir Ghanem était intervenu sur le thème de la sauvegarde des « estimables richesses archéologiques que recèle la ville de Constantine et sa région ». la dimension nationale et populaire devait être valorisée, notamment grave au recours aux Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication. Elles peuvent « faciliter aux citoyens l’accès à ce patrimoine pour s’imprégner de son importance afin de mieux le préserver et d’en faire bénéficier les générations futures »...

Rendre hommage aujourd'hui à Mohamed Seghir Ghanem signifie continue son œuvre, et assumer la longue histoire civilisationnelle de notre Algérie arabe et islamique.

 

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