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Depuis plusieurs années, nous entendons un discours aux apparences patriotiques qui fait l'éloge de l'unité nationale, de l'unité de l'Algérie menacée par les complots séparatistes du MAK. Mais posons-nous la question suivante : et si le MAK ne faisait que jouer le rôle de leurre ? Le terme est utilisé à dessein, et avec le sens qu'il a dans le langage technique des systèmes de défense. Un leurre est un moyen qui permet à un adversaire d'échapper à la menace constituée par des missiles lancés sur lui ; et cela en éjectant un matériel qui dégage un fort taux de chaleur, attirant ainsi à lui ces missiles détournées de leur cibles. Car, au fond, le MAK n'est pas autre chose qu'un groupuscule néofasciste de Kabylie (et de l'émigration kabyle en Occident). A lui donner trop d'importance, on risque de ne pas voir d'autres dangers qui font obstacles au projet de redressement national, au projet de renaissance civilisationnelle de l'Algérie. Parmi ces dangers figures, paradoxalement, le discours visant à protéger l'Algérie de ces menées séparatistes !

Une grande partie de ce discours en effet se déploie en agitant le drapeau national et le mot d'ordre de l'« Algérie algérienne », une Algérie riche de sa diversité. Nous aurions donc d'un côté un séparatisme berberiste anti-arabe, et de l'autre un algérianisme qui rassemblerait en lui les Arabes, les Kabyles, les Chaouis, les Bédouins, les Touarègues, etc. Je comprends l'intention positive de ceux et celles qui soutiennent ce discours. Mais, malheureusement, la crise de la culture politique dans notre pays, l'incapacité des partis politiques (ceux qui soutiennent le régime et ceux qui le dénoncent) à promouvoir une vraie mémoire intellectuelle de la révolution nationale, font que nous perdons de vue les agendas qui se cachent derrière des mots en apparence patriotiques.

On ne sait pas, ou pas suffisamment, que le séparatisme n'est pas la forme unique du berberisme. En réalité, depuis l'époque de la colonisation française au Maghreb, le berberisme a pris trois formes historiques, qui peuvent conjoncturellement s'affronter, mais qui restent unies sur l'essentiel : la négation de l'arabité comme identité de civilisation, en la réduisant à une catégorie ethnique. Le séparatisme d'une fraction minoritaire de la Kabylie est l'un de ses visages. L'algérianisme est un autre visage, je vais y revenir. La troisième forme est un « nord-africanisme » (souvent composé des trois seuls pays francophones : Algérie, Tunisie, Maroc ; oublié la Libye, la Mauritanie et le Sahara occidental) qui veut affirmer une différence radicale avec les sociétés et les cultures du Proche-Orient, du Machreq (en Tunisie l'opposition du président Habib Bourguiba au Président Gamal Abd El-Nasser a été une expression de ce « berberisme » nord-africain).

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Je reviens sur l'algérianisme comme de forme de berberisme. Là, l'idée-force est de remettre en question la centralité de l'arabité et de langue arabe dans la mémoire, dans le présent et dans le futur de la nation. Au lieu d'être l'âme de l'Algérie, l'arabité est réduite à un groupe ethnique juxtaposé à d'autres groupes ethniques. L'Algérie serait l'addition de ces groupes. On ne le sait pas, mais ce discours ne fait que reprendre l'idéologie orientaliste de la gauche française coloniale, notamment celle des communistes. Le 11 février 1939, dans un discours célèbre, Maurice Thorez, le chef du Parti communiste français, défendait la thèse selon laquelle l'Algérie n'avait pas de réalité propre, n'avait pas de mémoire civilisationnelle arabo-islamique, car elle n'était qu'une « nation en formation dans le creuset de vingt-races » !

C'est là l'une des matrices de l'idéologie de l'« Algérie algérienne ». L'Algérie serait la somme arithmétique de divers groupes... Une partie de l'opposition au séparatisme du MAK fait le lit de cet autre berberisme qui relativise l'identité civilisationnelle arabe et musulmane sous le prétexte fallacieux de respecter la « diversité du pays » (comme si cette identité civilisationnelle arabo-islamique n'avait pas été respectueuse, depuis 14 siècle, de cette diversité !). C'est pourquoi le MAK joue le rôle de leurre. Sa grossièreté anti-arabe, son pro-impérialisme évident, ses amitiés avec l'entité sioniste sont tellement caricaturaux, qu'il est facile de les dénoncer... y compris par les autres composantes du berbérisme qui peuvent ainsi se refaire une virginité « nationaliste » sur le dos du MAK. Je parle bien évidemment du RCD et du FFS. Ces partis prétendent à la nationalité algérienne, mais ils n'ont jamais réussi à dépasser leur ancrage, leur isolat kabyle. Toutes les élections en témoignent.

C'est la raison pour laquelle la défense de l'arabité de l'Algérie me semble être une ligne de clivage et démarcation pour le camp nationaliste-révolutionnaire algérien. Si cette arabité est relativisée - au nom du sentimentale « Nous sommes tous des Algériens » -, alors, il ne s'agit ni plus ni moins que d'un berberisme. Méfions-nous de ce discours apparemment radical contre le Qatar, les pays du golfe, l'Arabie saoudite, en raison de leur choix géopolitiques pro-occidentaux, et qui masquent en vérité une hostilité principielle à l'arabité et au monde arabe.

Le soutien absolu à la révolution palestinienne, la solidarité sans faille au combat du peuple sahraoui, de son Front Polisario et de la République Arabe Sahraouie Démocratique, la vision d'une langue arabe comme langue de modernité, de science, de biologie, de mécanique quantique et d'écodéveloppement sont quelques unes des lignes rouges à ne pas franchir. Quelle est la positions des partisans de l'« Algérie algérienne » ? Pour eux, l'Algérie n'est ni d'Orient ni d'Occident, elle est « algérienne ». Non, l'Algérie est une terre d'arabité et d'islam ! Et depuis l'épopée de l'Emir 'Abd el-Qader jusqu'à la geste révolutionnaire du président Houari Boumédiene, la boucle est bouclée. L'Algérie, et toute sa mémoire le dit, est membre de la fraternité historique et spirituelle des peuples de la Nation arabe. 
Tahia el-Djazaïr.