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Avant l'islam, avant la révolution mohammedienne au 7ème siècle, on ne peut devenir arabe sauf si on appartient à une tribu arabe, les Banu Taghlib, les Banu Kinda, les Banu Qoreish, les Banu Lakhm, les Banu Ghassan, etc. L'arabité est désertique, bédouine et ethnique, dans ses grandes lignes, et avec quelques exceptions (comme l'urbabité sud-arabique).

Avec l'islam, et surtout au moment des Ommeyyades (Damas), l'arabité a changé de contenu. De désertique, bédouine et ethnique, l'arabité est venue urbaine, impériale et civilisationnelle.

Dans cette nouvelle arabité, l'identité de civilisation prime sur l'identité ethnique. Cela ne veut pas dire que les tribus arabes disparaissent. Au contraire, les tribus guerrières, comme les Banu Hilal, et leur alliés les Banu Soulayman, vont jouer un rôle essentiel durant la conquête et l'arabisation du Maghreb. Et il est juste de se réclamer de la gloire des tribus arabes.

Mais depuis le 19ème siècle, avec le mouvement de la Renaissance nationale-civilisationnelle, la Nahda, le projet de libération arabe met l'accent sur la dimension culturelle de l'arabité. C'est parce qu'elle est d'abord civilisationnelle, que l'arabité peut accueillir et inclure en son sein la multitude des minorités linguistiques, culturelles et religieuses. L'arabité a une vocation d'inclusion !

Au moment de la Nahda, l'arabité est pensée comme une identité à la fois historique et spirituelle. La tendance dominante du nationalisme arabe est la tendance arabo-islamique. On ne peut séparer l'arabité et l'islam. Cette synthèse, l'Algérie l'a connu avec le cheikh Abd El-Hamid Ibn Badis et le mouvement islahiste.

Cette synthèse arabo-musulmane permet d'éviter la double impasse d'une arabité laïque (comme celle de plusieurs régimes politiques (je pense à la Syrie d'Assad) non islamique, et même hostile à la référence islamique, et d'une islamité abstraite, cosmopolite, internationaliste, désarabisée.

Au Maghreb et au Machreq, nous sommes arabes car nous sommes musulmans, et nous sommes musulmans car nous sommes arabes. En Iran, en Turquie, au Sénégal, ce n'est pas l'arabité qui est l'axe, c'est la culture iranienne, turque ou negro-africaine.

Le risque est de développer une arabité raciale, ethnique, au détriment de la dimension historique et civilisationnelle. Et l'autre risque est de figer l'arabité à un seul moment de son histoire, alors que l'arabité est un processus historique qui se renouvelle constamment.