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Les écrivains palestiniens ont célébré, dans leurs œuvres, cette relation sensible entre, d'une part, les hommes et les femmes de Galilée, de Gaza, de Cisjordanie, du Néguev, et d'autres régions du pays, et, d'autre part, le sol, les fruits des vergers, les arbres, les animaux, les champs de céréales, les climats, les lumières de Palestine, jusqu'à sa minéralité. Née à Naplouse, en Cisjordanie, l'écrivaine Sahar Khalifa publiait en 1976, Al-Subbâr, Le figuier de barbarie, et, en 1980, Abbâd al-Chams, Les tournesols. La grande Fadwa Touqan, originaire de la même ville, intitulait ses mémoires Le Rocher et la peine et Le Cri de la pierre. Simon Haddad, pour sa part, écrivait, en 1989, Les Planteurs d'oliviers.

 

Mais ce sont, bien évidemment, les poètes qui ont su le mieux dire la conscience écologique de la lutte palestinienne. Il me faut commencer par celui qui est l'un des plus grands d'entre eux, Mahmoud Darwich. Né en 1941 à Al Birwa, situé à dix kilomètres de Saint Jean d'Acre (Akka), au Nord de la Palestine, il subit dans sa chair la nakba de 1948 : son village, attesté par les géographes arabes du Moyen Age, est détruit par les troupes israélienne le 11 juin 1948. Les habitant doivent partir, et la plupart se retrouvent dans des camps de réfugiés au Liban. Un an après, la famille de Mahmoud Darwich réussit à retourner clandestinement en Palestine, constatant la perte de tous leurs biens et de leurs terres. Très vite la poésie devient sa vocation la plus intime. Il devient le porte-parole non seulement de son peuple mais aussi de la Nature meurtrie par l'occupation.

 

 

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Symboliquement, à l'âge de 19 ans, en 1960, il publie son premier recueil et lui donne pour titre Asafir bila ajniha, Oiseaux sans ailes. Toute sa vie sera faite d'emprisonnement et d'exil. Il meurt à Houston, aux Etats-Unis, le samedi 9 août 2008. Même si le mot n'est pas prononcé, et à l'instar de quasiment tous les poètes, Mahmoud Darwich est un artisan de l'écologie palestinienne. Il ne se contente pas de décrire poétiquement la tragédie des oiseaux et des fleurs, il fait appel aussi aux éléments, aux forces de la nature pour parvenir à la libération. Dans son recueil La fin de la nuit, publié en 1967, il conclut l'un de ses poèmes par cette espérance cosmique : « Que souffle la tempête ! Qu'elle souffle ! ». En arabe, la tempête se dit Al Assifah. Or, c'était le nom de l'aile combattante de l'une des principales organisations palestiniennes de résistance.

 

 En 1970, il se fait l’interprète des « oiseaux qui meurent en Galilée », donnant sa voix humaine à une « orange spoliée, à « du jasmin piétiné ». L'année suivante, dans ses Chroniques de la douleur palestinienne, une strophe exprimait toute la dimension tellurique de sa souffrance.

 

« O ma douleur orgueilleuse

 

ma patrie n'est pas une valise

 

et je ne suis pas un voyageur

 

je suis fou

 

et cette terre

 

est ma passion. »

 

 

 

Mahmoud Darwich écrit encore : « … j'ai choisi de faire de ma voix une pierre et de la pierre, une mélodie ». L'identification entre son humanité et la Nature vivante se fait explicite :  « mon cœur est un arbre », « mon idiome, c'est le murmure de l'eau, dans le fleuve des tornades, dans le kaléidoscope du soleil et du froment, dans le champ de bataille ». Dans T'aimer ou ne pas t'aimer (1972), le poète prolonge cette identité :  « lorsque mes paroles étaient humus, j'étais l'ami des épis », « lorsque mes paroles étaient pierres, j'étais l'ami des rivières ».