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L'Âme arabe de l'Algérie est une âme de montagne ! Nous avons la grandeur des montagnes, leur pesanteur, leur dignité. La montagne a été le lieu de protection des bandits d'honneur et des moudjahiddines...

« Montagne » se dit en arabe Jabal (ou Djabal). Il est issu d'une ancienne racine « GBL » signifiant « frontière » ou « montagne ». Contrairement à une certaine représentation, la géographie physique de la Nation arabe ne se réduit pas à sa composante désertique. Plusieurs pays arabes possèdent d'importants massifs montagneux, de l'Algérie et du Maroc jusqu'au Yémen et l'Iraq. Mais, au-delà de l'aspect physique, la montagne est un écosymbole, réalité à la fois physique et métaphysique. Et la tradition arabo-musulmane contient de très nombreuses références à montagnes significatives. Le fait montagnard est un fait cosmique, car en lien avec le divin, et tellurique, car intimement lié à la vie de la terre. Grand connaisseur de l'islam, dans son histoire et sa géographie, André Miquel souligne dans une remarquable étude, intitulée précisément « Montagne et montagnes, montagne ou massif », que les géographes arabes « voient les reliefs comme une architecture globale, un système universel de montagnes couvrant la terre de part en part selon les desseins de la Providence ».

Notre historien rapporte ainsi cette parole de cet éminent écrivain, encyclopédiste et polygraphe arabe Al-Jahiz, qui né vers 776 à Bassora, en Iraq : « La preuve de Dieu réside autant dans le caillou que dans la montagne, dans le corps de l'homme autant que dans la sphère céleste qui enveloppe notre monde ». Spécifiquement, la montagne est polysémique, multisignifiante. Elle ne renvoie pas uniquement à la géographie physique, à la minéralité du monde, mais aussi au temps, en ses deux moments cruciaux que sont la création et la fin du monde. A propos de la création, le premier né des humains, Adam, est associé, nous dit la littérature traditionnelle, à une montagne situé dans l’île de Sarandib. Un rocher garde la trace du pied de ce premier prophète. Cette montagne est magique car, non seulement ses entrailles seraient remplis de pierres précieuses et de gemmes, mais elle est le lieu, chaque jour, lorsque la nuit tombe, d'une puissante illumination par des éclairs. Cette île a été identifiée, au Moyen Age, par les géographes arabes à l’île de Ceylan, qui est le Sri Lanka actuel. Un autre exemple de ces montagnes signifiantes est le Mont Sanjar, située à 3 jours de voyages de la ville irakienne de Mossoul, dans le Nord de l'Iraq. C'est sur sa cime que l'arche de Noé sur fut arrêté quand le déluge cessa. Evoquons également les montagnes mohammediennes, qui furent associées à la vie du Prophète arabe ou à vie du temple de la Kaaba à la Mecque. Ainsi, cette cité, la première des villes saintes en islam, est-elles entourées de quatre montagnes, dont l'une, la montagne d’Abou Qubays, serait la première que Dieu créa. Un récit traditionnel souligne même que c'est dans cette montagne que la Pierre noire de la Kaaba fut entreposée lorsdu déluge. La tribu des Banu Quraysh, à laquelle appartient le Prophète Mohammed (que la paix soit sur lui) appelaient tendrement cette montagne al-Amīn (le Fidèle) car elle restitua la Pierre céleste.

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Mais de toutes les montagnes magiques, la Montagne Qaf est très certainement celle qui a suscité les plus grandes spéculations, aussi bien chez les géographes, les historiens, que les théologiens et les poètes soufis. Mais commençons par le commencement : avant d'être le nom d'une montagne prestigieuse, Qaf est le nom d'une lettre l'alphabet arabe, la vingt-et-unième précisé. Or, il existe dans la tradition arabe et islamique toute une Science des Lettres (ilm al-Huruf) par laquelle nous pouvons comprendre les significations ésotériques du langage. Il se trouve que plusieurs chapitres (sourates) du Coran sont mystérieusement introduits par des lettres. Ainsi, la sourate Al-Baqara débute-t-elle pas « Alif, Lam, Mim » (A, L, M). La cinquantième sourate du Coran débute par la lettre « Qaf ». Ce n'est pas le lieu ici de présenter les diverses interprétations des sens de la lettre. Je noterais seulement qu'un grand nombre d'exégètes font le lien entre cette lettre, cette sourate et ma montagne du même nom. Auteur d'un commentaire du livre saint (tafsir), Al-Qortobi rapporte la tradition: « C’est une montagne entourant la terre faite d’émeraudes vertes. Elle verdit le ciel. L’extrémité du ciel est sur elle et le ciel s’élève en forme de dôme sur elle. Des gens qui y sont arrivés disent que des émeraudes chutent de cette montagne. » Selon d'autres auteurs, Qaf serait à l'origine des tremblements de terre. Ibn ‘Abbas a rapporté : « Dieu a créé une montagne appelée « Qâf » entourant la terre, et ses racines vont vers le rocher qui a la terre sur lui. Si Dieu veut faire trembler une région, il ordonne cela à la montagne. Alors, elle bouge une de ses racines en-dessous de cette région. Elle l’a fait trembler et bouger. Il n’y a que cette région qui tremble et non les autres. » Un personnage célèbre, honnoré par la littérature arabe et musulmane, le Grec Alexandre le Grand, alias Zu’l Qarnain, est lié à la Montagne Qaf qu'il aurait atteint. La tradition nous confirme que ce site est animé, vivant, doué de conscience, car un dialogue eut lieu entre le Héros de l'Antiquité et Qaf. Wahb a écrit : Zu’l Qarnain était au-dessus du Mont Qâf. Il a vu qu’en-dessous de lui se trouvait une petite montagne. Il lui a dit : « qu’est-ce que tu es ? » Il a répondu : « je suis Qâf « . Il a demandé : « qu’est-ce que cette montagne autour de toi ? » Il a dit : « ce sont mes nervures, et la ville est reliée à mes nervures. Si Dieu veut faire trembler la ville, il me l’ordonne. Ma nervure l’a fait bouger, elle fait trembler cette terre ».