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Le Cheikh Tahar El-Djazairi Es-Semaouni El-Ouaghlissi est né en 1852 à Damas. Sa famille avait rejoint le Cham avant celle de l’Émir ‘Abd El-Qader. Cet homme deviendra l’un des piliers de la Nahda, le gigantesque mouvement politique, culturel, spirituel, littéraire de la renaissance, de la résurrection de la Nation arabe. Le nationalisme-révolutionnaire arabe est directement le fruit de la Nahda. On l’habitude de dire que la Nahda est venu du Machreq pour se diffuser ensuite au Maghreb. Et il est vrai que Damas, Beyrouth, Baghdad influencèrent intellectuellement et politiquement les mouvements culturels au Maghreb et en Algérie notamment. Mais, sait-on que l’influence allait aussi dans l’autre sens ? Incontestablement, les Algériens installés dans la Grande Syrie (Syrie actuelle, Liban, Palestine essentiellement) jouèrent un rôle fondamentale dans l’émergence de la Nahda. Le mouvement révolutionnaire arabe en Syrie, en particulier face à l’entreprise coloniale française après 1917-1918 fut largement animé par des Algériens !

Au grand désespoir des idéologues tordus du franco-berbérisme, le Cheikh Tahar El-Djazairi Es-Semaouni El-Ouaghlissi, figure de proue du nationalisme arabe, est né dans une famille de Kabylie issue de Sidi Hadj Hassaine (ce village appartient à la localité de Semaoun de Beni Oughlis d'où le nom « Cheikh Tahar El Semaouni El Ouaghlissi »), dans la vallée de la Soummam !

La généalogie de la famille de notre Cheikh remonte jusqu'à l'ancêtre Sidi Hadj Hassaine, qui est fondateur de la zaouïa à laquelle il appartenait. Sa famille avait une incontestable profondeur culturelle et spirituelle arabo-musulmane. Son père est le Cheikh Salah Ibn Ahmed, mufti malikite et jurisconsulte. Il était aussi un grand spécialiste en sciences astronomiques !

Le Cheikh Salah prend la décision de quitter l’Algérie en 1848, après la défaite de l’Émir Abd El-Qader. Et c’est tout naturellement qu’il pris la route de la Syrie sœur.


Le Cheikh Tahar El-Djazairi recevra un riche enseignement. Son père sera son premier enseignant. Il fréquentera une école située près de la Grande Mosquée des Omeyyades. Il reçut un immense savoir de son maître, le Cheikh Abd El-Ghani El-Ghounaimi El-Maidani. Outre les langues (l'arabe, le turc, le persan, le syriaque, l'hébreu, l'abyssin, le français et le berbère-kabyle, sa langue maternelle), le jeune algérien de Damas étudiera aussi les sciences religieuses, les sciences naturelles, les mathématiques, l'astronomie et l'histoire. Il fut nommé enseignant en 1875.

Ce qui frappait ses amis et collègues était non seulement son intelligence et la puissance de sa culture et de son érudition, mais aussi son sens des relations humaines. Son élégance et sa noblesse d’âme faisait qu’il appréciait la compagnie des musulmans non sunnites, des Arabes non musulmans. Pour lui la qualité de la foi et la richesse de la pensée morale constituaient les critères du lien social. Il assumera longtemps la fonction de créateur culturel (éducation, enseignement, création d'écoles et de bibliothèques…). Il sera le fondateur de Mekteb Anber, le célèbre lycée de Damas. Il avait été nommé nommé inspecteur général de l’éducation pour l’ensemble de la Syrie !

Pour protéger l’âme arabo-musulmane de la Syrie, il participa à la mise en place d’une association de bienfaisance qui avait pour but de s’opposer aux campagnes d'évangélisation qui se succédaient, alors sur Damas, campagnes orchestrées par les missions religieuses occidentales.

Notre Cheikh s'occupera également de la formation de l'un des fils de l’Émir Abd El-Qader, l'Émir Mohieddine.

Il jouera un rôle essentiel dans la revitalisation de l’immense patrimoine culturel arabe et islamique en créant la maison d’édition Dhahiria. Le projet était de sauvegarder les manuscrits anciens. Cette maison deviendra l’une des plus grandes bibliothèques du Machreq. Elle sera notamment la bibliothèque officielle à El-Qods, en Palestine. La qualité de son expertise fera que le gouvernement turc lui demandera d’inspecter les bibliothèques en Syrie et à El-Qods. Cette mission durera huit ans. Mais il subira des pressions du gouvernement turc, le forçant à quitter la Syrie pour l’Égypte (en 1907). il y restera 13 ans !

En Égypte, il est honoré par les savants de son temps, comme les écrivains Ahmed Timor Bacha et Ahmed Zaki Bacha. Et en 1912, il a l’occasion de venir dans son Algérie familiale. Il sera reçu notamment par le Cheikh Mohand Said Ben Zekri, qui était mufti Malikite d'Alger et professeur à la Médersa Et-Thaâlibiya. Vers 1919, il retourne en Syrie. Le Cheikh meurt peu de temps après, le 05 janvier 1920.

 

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Un immense érudit égyptien, Mouhib Ed-Dine El Khatib, disait de lui : « Cheikh Tahar El Djazaïri m’a appris l’amour de ma patrie, mon arabité et l’Islam, comment ne pas me souvenir de ses doctes leçons, de sa force de caractère ; en somme, de sa parfaite façon d’éduquer qu’on ne trouvait nulle part ailleurs… »

Le Haut conseil islamique organisa en 2013 une conférence-débat intitulée : «Cheikh Tahar El Djazaïri, père de la renaissance arabe au Cham», donnée par Mohamed Seghir Belaâlam, écrivain, chercheur et président de la fondation Mouloud Kacem Nait Belkacem.

Le Cheikh Tahar El Djazairi a été une étoile de culture et de spiritualité, de science et de dignité dans le Ciel de l'arabité. Il est tombé dans l'oubli...