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Quelques aspects de la profondeur arabe et islamique de la vie de l’Émir 'Abd El-Qader, par Mohammed Futuwwa

C'est au mois de mai 1807, dans l'Ouest de l'Algérien près de Mascara (à El-Qaïtana, à proximité de l’oued al-Hammam), qu'est né Abd el-Qader Ibn Muhyi ad-Din, de la tribu des Banu Hashim. Il mourra à Damas, en Syrie, le 24 mai 1883. Entre ces deux dates, une aventure humaine et spirituelle, politique et mystique, militaire et poétique.


L’Émir 'Abd El-Qader Nasr ad-Din est le quatrième fils de Muhyi Ed-Din El-Hasani et de Lalla Zohra. Dans sa jeunesse, en 1825-1827, il accompagnera son père pour effectuer le hadj à la Mecque et à Médine, comme il est demandé à l'ensemble des croyants et des croyantes. Avant d'arriver dans les lieux saints de l'islam, ils avaient fait escale au Caire. Après le pèlerinage, le père et le fils continuèrent le voyage vers la Grande Syrie et l'Iraq, visitant Damas et Baghdad. Ce voyage était éminemment initiatique, car le père de l'Emir était l'un des chefs spirituels d'une confrérie (tariqa) soufie, la Qadiriyya, le muqaddam (directeur spirituel) de l'un de ses établissements (zawiya). Cette dénomination (El-Qadiriyya) dérive du nom du fondateur, 'Abd El-Qader El-Jilani (1077 ou 1078- 1166). Originaire de Niff, une petite cité de la province du Gilan, au Sud-Ouest de la mer Caspienne, il descendait du Prophète Mohammed (que la paix soit sur lui) par le biais de son gendre 'Ali. 'Abd El-Qader El-Jilani était un homme qui ne se satisfaisait pas de la société de son temps, en particulier de l'opulente Baghdad. Ses quêtes de sens le menèrent vers les études de droit et vers la vie des confréries mystiques, mais il ressentait en lui une insatisfaction. Il effectua une longue retraite de vingt cinq ans dans le désert irakien. Vers l’an 1120, il reçut dans une vision l'ordre de retourner à Baghdad afin de prêcher aux habitants la sainteté. C'est dans ce contexte qu'il reçut le surnom de « Muhyi Ed- Din », qui signifie « Celui qui revivifie la religion ». Le grand mystique Yusuf Hamadani lui aurait confirmé sa vocation par ces paroles : « Puisque tu possèdes la lumière de la jurisprudence et du Coran, tu peux maintenant prêcher au peuple. N’hésite plus sur aucun point ! Monte en chaire. Je vois en toi une souche qui va devenir un superbe palmier. » Et quel palmier ! Après sa mort, en 1166, ses disciples mirent en forme la Voie spirituelle de 'Abd El-Qader El-Jilani, El-Qadiriyya. Elle se diffusera dans l'ensemble du monde musulman, du Machreq à l'Afrique noire, du Maghreb à l'Inde et au Caucase. Par sa famille, l’Émir Abd El-Qader s'inscrit dans cette histoire. D'ailleurs, lors de sa visite de Baghdad, il se rendra dans le mausolée de 'Abd El-Qader El-Jilani.

 

tafsir jilani



Rattaché au soufisme familial, le jeune 'Abd El-Qader se formera dans les sciences religieuses, la langue arabe et la poésie. Il mémorisera le Coran dans son enfance, de même qu'il pratiquera l’équitation. Après le hajj de 1825-1827, il reviendra en Algérie, et épousera sa cousine Kheira bint Abou Talib. Mais les périls s’annoncent déjà pour la patrie...