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Rédigé en langue arabe, Kitab El-Mawaqif est l’ouvrage majeur de l’Émir 'Abd El-Qader. Le titre signifie Le Livre des Haltes. Terme technique du lexique de la théologie mystique de l’islam, mawaqif veut dire « haltes ». Elles sont comme des points intermédiaires qui relient entre eux les stations (maqam), les degrés, les étapes de l’odyssée spirituelle. C’est notamment le sens que le mot a chez Muhyi-d-dîn Ibn 'Arabî, le maître spirituel de l’Émir algérien. Ces mawaqif permettent, nous dit Michel Chodkiewicz, l’un des traducteurs de l’ouvrage en langue française, au voyageur spirituel de recevoir de Dieu « une instruction sur les règles de convenances appropriées au maqam qu’il va atteindre et est ainsi préparé à jouir de la plénitude des sciences qui y sont attachées » .

L’Émir 'Abd El-Qader a commencé la rédaction de l’ouvrage à partir de 1856, au moment où il s’installe en Syrie à Damas. En fait, s’il rédige des passages, le livre comprend aussi la transcription de réponses données oralement à des visiteurs, amis et disciples. Fournissant plusieurs éléments à caractère autobiographique, proposant de magnifiques poèmes, le Kitab El-Mawaqif est une exploration des grands thèmes de la tradition islamique. Les chapitres débutent avec un passage du Coran, ou une parole (hadith) du prophète Mohammed (que la paix soit sur lui). Les Mawaqif sont au nombre de 372.

Je l’ai dit, Muhyi-d-dîn Ibn 'Arabî est la maître spirituel de l’Emir ‘Abd El-Qader. Et Les Mawaqif sont comme une immense clé pour comprendre l’oeuvre majeur du théologien mystique andalou, El-Futûhât El-Makkiyya, les Conquêtes mecquoises. Dans sa maison de Damas, l’Émir 'Abd El-Qader faisait la lecture, tous les lundis une heure après l'aube, de El-Futûhât El-Makkiyya ; ce qui témoigne de la profonde vénération que l’Algérien éprouvait. Cette maison damascène était devenu, dans ces années 1850-1870, un véritable pôle de la Nahda arabo-musulmane. Toute une communauté s’était formée autour de l’Émir, des théologiens, des juristes, des militants politiques, des diplomates, etc. Parmi eux, un Égyptien, Mohammed Ben Mustapha At-Tantawi. Il deviendra un ami et très proche de l’Émir.

 

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Mohammed At-Tantawi est né dans le Delta du Nil, en Égypte, à Tantah en 1825. Profondément religieux, connaissant le Saint Coran par cœur, il intensifie sa formation allant d’une ville à l’autre, d’un pays arabe à l’autre. Ainsi, il se retrouve en Syrie, à Alep, pour suivre divers enseignements. Il se rendra ensuite à Damas. Sa foi intense fait qu’il rejoint l’illustre tariqa naqshabandiyya. Il retourne dans son pays d’origine et continue ses études en droit, en sciences religieuses, et dans les sciences exactes (mathématique et astronomie). Il revient à Damas où il se met à son tour à enseigner. C’est dans ce contexte qu'il fait la rencontre de l’Émir ‘Abd El-Qader en 1861. Celui-ci est séduit par l’intelligence et la haute spiritualité de l’Égyptien. L’Émir louera pour lui une maison à Damas afin qu’il puisse s’occuper de l’éducation de ses enfants.

Mais leur passion commune est l’étude de la métaphysique de Muhyi-d-dîn Ibn 'Arabî. Et le défi en ces années est d’avoir accès aux manuscrits de l’Andalou. L’Émir confia à son ami le soin de se rendre dans la vielle ville de Konya, en Turquie, où avait séjourné Ibn 'Arabi. Le but était de comparer une copie de El-futûhât el-makkiyya avec le manuscrit original. Ce travail durera trois mois, et il a permis une véritable édition de l’œuvre d’origine de Muhyi-d-dîn Ibn 'Arabî...