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Tout d'abord, il faut demander à Allah d'accueillir dans son vaste paradis ces trois algériens morts aux confins de l'Algérie, de la Mauritanie et du Sahara occidental. Un sang arabe versé...
Mais ce recueillement ne doit pas nous conduire à mettre la réaction émotionnelle au-dessus de toutes les autres considérations. Ce dont nous avons besoin c’est d’être en capacité de penser la crise algéro-marocaine, de mettre dessus des concepts qui permettent de l’expliquer et de la dépasser. Je pose donc ici 03 thèses. Elles me sont personnelles, et c’est pour cela que chacun est libre de s’autodéterminer et de construire son propre positionnement.
1. Je récuse, dans cette crise algéro-marocaine, le point de départ défendu par de nombreux patriotes sincères et qui se formule ainsi : « L’Algérie avant tout ». Je le comprends totalement, notamment parce que nous nous situons à quelques jours des célébrations du déclenchement de la révolution algérienne. Mais ce point de départ est problématique car il suppose que dans cette crise, nous nous plaçons dans une perspective isolationniste, nationaliste algéro-algérienne. Or, à plusieurs reprises, j’ai essayé de dire que le nationalisme algéro-algérianiste ( avec ses slogans : « Algérie algérienne », « L’Algérie avant tout », etc.) est une forme de berbérisme : il ne s’agit pas du berbérisme kabyliste, mais du berbérisme algérianiste.
2. Je récuse également le point de départ égalitariste qui met dos à dos, au nom du nationalisme arabe, l’Algérie et le Maroc, en les plaçant sur le même pied. Il s’agit d’un nationalisme arabe abstrait, complètement déconnecté des réalités sociopolitiques différenciées de l’espace arabe. Selon ce point de vue, l’Algérie, le Maroc et tous les autres pays/États se valent. Ce qui compte est la marche vers l’unité arabe. Mais ce nationalisme arabe abstrait ne s’interroge que rarement sur les différences réelles qui existent entre ces pays/États. Ainsi, l’Algérie et le Maroc partagent géographiquement et culturellement et linguistiquement de nombreux traits communs (il est immature de ne pas le reconnaître), mais cela ne signifie pas que l’Algérie et le Maroc ont le même statut dans la division internationale du travail, dans le système géopolitique mondial/régional. Là aussi, j’y reviendrais.
3. Mon point de départ n’est pas celui de « L’Algérie avant tout », ni celui d'une Nation arabe homogénéisée. Alors quel est-il ? Il est celui-ci : « L’Algérie arabo-musulmane et anti-impérialiste », c’est-à-dire l’Algérie comme représentante de la Nation arabe en lutte contre l’impérialisme. C’est cela mon point de départ. Bien évidemment, la crise algéro-marocaine possède un fort coefficient affectif lié aux tensions qui existent entre les deux pays des décennies (et même jusqu’à la période de la résistance kaderienne (1830-1847)). Mais le plus important est ailleurs. L’actuelle crise est d’abord le reflet des changements géopolitiques que traversent la Nation arabe et l’Afrique. L’Algérie est sortie indemne de la crise du régime de 2019, grâce essentiellement à l’action du Haut-commandement de l’Armée nationale populaire, qui a su éviter les dangers d’une « transition », demandée par une opposition pseudo-démocratique. L’affaire est connue. Par ailleurs, cette même Algérie a réussi à maintenir le cap d’une position de neutralité à l’égard de la guerre des axes qui balafrent la nation arabe. Elle refuse d’entrer dans l’axe syro-iranien, comme dans les axes saoudien ou qatari. Elle est fidèle à la grande politique arabe du pays, mise en pratique depuis les années 1960. Et, bien évidemment, sur le dossier palestinien, l’Algérie reste le grand allier de ce peuple opprimé et de sa résistance. Cela ne signifie nullement que l’Algérie soit un pays sans crise sociale. Au contraire, le caractère rentier de l’économie, et donc la dépendance à l’égard de demande internationale, est un lourd handicap, de même que les pesanteurs de l’État profond (ce réseau francophile et néocolonial qui est incrusté dans l’appareil administratif) qui vide souvent le contenu des prises de positions officielles, sans parler du danger représenté par les diverses formes de berbérisme.
La tension algéro-marocaine n’est pas un conflit entre deux chauvinismes, mais la manifestation d’une hostilité contre l’Algérie de la part d’un axe israélo-marocain (avec le soutien du parrain impérialiste français). En normalisant ses relations diplomatiques avec l’État sioniste, le régime marocain ouvrait clairement les hostilités contre l’Algérie. De même que son soutien officiel au berbérisme kabyliste. Cette hostilité a été renforcée en octobre dernier avec cet accord géoéconomique entre le régime marocain et une société israélienne d’exploration énergétique dans les eaux qui jouxtent le Sahara occidental. Et encore, ce ne sont là que les épisodes médiatisés.Une terrible guerre secrète fait rage entre les services secrets algériens et ces réseaux qui relient les agences israéliennes, marocaines et occidentales.
Cela signifie que la crise algéro-marocaine ne doit pas être comprise comme une crise algéro-marocaine, mais comme une nouvelle étape dans l’affrontement entre d’une part les forces de vie de La Nation arabe (et l’Algérie est l’un des piliers les plus importants de ces forces) et l’alliance entre l’impérialisme, le sionisme et les régimes réactionnaires. En désarabisant cette crise, en la transformant en une simple rivalité entre Algériens et Marocains, nous occultons les dimensions géopolitique, géostratégique et géoéconomique.
Plus que jamais,, les Algériens doivent renforcer le front arabe et international contre la collusion israélo-marocaine, et rappeler que si l’Algérie est la cible, elle n’est pas la seule. Le peuple de la République Arabe Sahraouie Démocratique est également dans la ligne de mire de cette collusion, de même que les peuples palestinien, mauritanien. Il faut également rappeler que l’attitude algérienne ne vise en aucune manière le peuple marocain frère, qui, lui aussi, subit la normalisation avec l’entité sioniste.
Il revient aux forces progressistes, démocratiques, patriotiques marocaines enracinées dans la mémoire arabo-musulmane, et qui refusent la chimère du Grand Maroc, de se renforcer et d’offrir à leur peuple une alternative politique.
C’est donc au nom des intérêts de la Nation arabe en lutte contre l’impérialisme et le sionisme et les réactionnaires, que l’Algérie doit se lever pour dire au makhzen : « NON : Ici, c’est une ligne rouge à ne pas franchir».