Le jeüne du mois de Ramadhan et l'Action héroïque, par Mohammed Taleb
La Tradition est formelle : le jeûne que le musulman et la musulmane accomplissent durant le mois béni de Ramadhan n’appartient qu’à Dieu. S’abstenir de manger et de boire tant que le soleil éclaire notre ciel, de l’aube au crépuscule, c’est entrer en retraite, explorer son âme, plonger dans les profondeurs de sa conscience afin de dissoudre les adhérences inessentielles. C’est le mois du Jihad an-Nafs, du Grand Jihad, même si ce combat intérieur doit se poursuivre continuellement, jusqu’à ce que Dieu décrète notre mort. C’est d’ailleurs tout le sens du tasawwuf que de mettre l’accent sur cette donnée fondamentale.
Mais se mettre en retraite, ce n’est pas battre en retraite. Au contraire, le mois de Ramadhan est un temps d’apprentissage où l’on rejette l’accessoire pour atteindre l’essentiel. L’éthique islamique trouve son centre dans l’idéal de justice : non seulement la justice sociale, la justice entre les humains, mais aussi la justesse intérieure et la justice écologique. Ici, le droit, la liberté, la libération et l’harmonie avec la Nature vivante sont convoqués comme autant de visages de la justice.
Dans un hadith rapporté notamment par Mouslim, Dieu dit :
« Ô Mes serviteurs ! Je Me suis interdit l’injustice à Moi-même, et Je vous l’ai également interdite. Ne soyez donc pas injustes les uns envers les autres. » (Sahih Mouslim)
C’est pourquoi nous devrions faire de ce mois béni une occasion de réfléchir à la justesse de nos actions et de nos engagements, de nous poser les questions essentielles à la lumière des drames contemporains.
Dans le contexte de la Nation algérienne, voici les interrogations qui m’habitent :
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Que faisons-nous, réellement et concrètement, individuellement et collectivement, pour honorer la mémoire des chouhadas, les martyrs de la révolution algérienne, dont le combat n’a pas commencé en novembre 1954, mais dès la première résistance contre l’ennemi en 1830 ? Ces chouhadas ne sont pas seulement ceux tombés entre 1954 et 1962, mais tous ceux qui ont sacrifié leur vie depuis le début du combat.
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Que faisons-nous pour transmettre le feu de la mémoire révolutionnaire aux nouvelles générations, affirmant ainsi que la lutte pour la libération et la justice ne s’est pas achevée en 1962, car l’ennemi continue, jusqu’à ce jour, à ourdir ses complots contre la souveraineté de l’État et de la Nation ?
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Que faisons-nous pour poser les fondations d’une authentique renaissance nationale et civilisationnelle arabo-islamique, sur les terrains du savoir, de la technique et de la puissance, qui sont les attributs des peuples forts ?
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Que faisons-nous pour combattre les courants de la haine anti-arabe et anti-islamique, qui polluent certaines franges de la population algérienne, notamment les courants franco-berbéristes (qu’ils soient kabylistes ou algérianistes) ?
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Que faisons-nous pour témoigner de notre solidarité avec le valeureux peuple frère de la Palestine, qui n’est pas seulement victime de l’ennemi, mais aussi un héros collectif de la révolution de la dignité nationale ?
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Que faisons-nous pour soutenir le peuple du Sahara Occidental, son Front Polisario et son État, la République Arabe Sahraouie Démocratique, qui font face à une alliance diabolique entre l’ennemi, la réaction arabe, et le Makhzen alaouite, lequel aliène à la fois le peuple sahraoui et le peuple marocain ?
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Que faisons-nous pour affirmer notre fraternité avec les peuples arabes (Irak, Syrie, Yémen), victimes des ingérences impérialistes et de régimes autoritaires souvent incapables d’incarner l’idéal nationaliste-révolutionnaire arabe et l’humanisme musulman ?
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Enfin, que faisons-nous pour porter le message écologique inscrit dans notre sainte tradition ? Comment imaginer que la vie spirituelle et la pratique rituelle, y compris le jeûne du mois béni de Ramadhan, puissent être authentiques si nous restons indifférents à une Terre malmenée, polluée, tourmentée ?
Ces questions ne sont pas simplement les miennes, mais elles résonnent profondément en moi. À chacun de se déterminer, librement et en conscience.
Puisse Allah nous accorder la force et la grâce de mener une vie héroïque au service de la Patrie algérienne, de la Nation arabe, de la Oumma islamique et de cette humanité en quête de liberté et de justice - contre, résolument contre, les forces de l’ennemi, les pièges de l’impérialisme et de ses complices.
Fraternellement.
