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في سبيل العروبة الحضارية - Sur le chemin de l'arabité civilisationnelle
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17 avril 2025

La parole écologiste des poètes de Palestine, par Mohammed Taleb

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Les écrivains palestiniens ont célébré, dans leurs œuvres, cette relation sensible entre, d'une part, les hommes et les femmes de Galilée, de Gaza, de Cisjordanie, du Néguev, et d'autres régions du pays, et, d'autre part, le sol, les fruits des vergers, les arbres, les animaux, les champs de céréales, les climats, les lumières de Palestine, jusqu'à sa minéralité. Née à Naplouse, en Cisjordanie, l'écrivaine Sahar Khalifa publiait en 1976, Al-Subbâr, Le figuier de barbarie, et, en 1980, Abbâd al-Chams, Les tournesols. La grande Fadwa Touqan, originaire de la même ville, intitulait ses mémoires Le Rocher et la peine et Le Cri de la pierre. Simon Haddad, pour sa part, écrivait, en 1989, Les Planteurs d'oliviers.

 

Ce sont, bien sûr, les poètes qui ont su le mieux incarner la conscience écologique de la lutte palestinienne. Parmi eux, il me faut d’abord évoquer celui dont la voix traverse les paysages blessés comme un souffle ancestral : Mahmoud Darwich.

Né en 1941 à Al-Birwa, à une dizaine de kilomètres de Saint-Jean-d’Acre (Akka), au nord de la Palestine, il porte dans sa chair la plaie ouverte de la Nakba. Son village, attesté par les géographes arabes du Moyen Âge, est détruit le 11 juin 1948 par les forces israéliennes. Les habitants sont contraints à l’exil ; la majorité se retrouve dans les camps de réfugiés du Liban. Un an plus tard, la famille de Mahmoud Darwich revient clandestinement en Palestine : elle ne retrouve qu’absence, ruines et terres confisquées.

Très tôt, la poésie devient pour lui une nécessité vitale, une respiration essentielle. Elle fait de lui non seulement le chantre de son peuple, mais aussi l’écho fraternel de la Nature dévastée, compagne fidèle de la douleur palestinienne. À 19 ans, en 1960, il publie son premier recueil, au titre prémonitoire et poignant : Asafir bila ajniha – Oiseaux sans ailes. Toute sa vie sera tissée d’exil, de prisons et de chants. Il s’éteint à Houston, aux États-Unis, le samedi 9 août 2008. Que Dieu l'accueille dans les jardins de son vaste paradis.

Même s’il ne revendique pas le mot, Darwich est un poète de l’écologie insurgée. Non pas une écologie de salon, petite-bourgeoise, new age, mais une écologie enracinée, déchirée, combattante. Il ne se contente pas de nommer le jasmin piétiné, l’orange volée, les oiseaux assassinés. Il convoque les forces cosmiques, les éléments eux-mêmes — la pierre, la tempête, l’eau et le feu — pour dire la dignité invaincue et l’élan de libération.

Dans La fin de la nuit, publié en 1967, il conclut un poème sur cette invocation tellurique, presque oraculaire :
« Que souffle la tempête ! Qu’elle souffle ! »

Or, en arabe, la tempête se dit Al-‘Asifah, nom choisi par l’aile combattante d’une des grandes organisations de résistance palestinienne. Le poème devient alors prière et appel à l’insurrection des éléments.

En 1970, il prête sa voix aux « oiseaux qui meurent en Galilée », à l’orange spoliée, au jasmin déchiré, transformant chaque plante, chaque oiseau, chaque grain de terre en témoin vivant de l’oppression. L’année suivante, dans ses Chroniques de la douleur palestinienne, une strophe incarne la fusion entre l’amour de la Terre et la souffrance d’un peuple :

Ô ma douleur orgueilleuse
ma patrie n’est pas une valise
et je ne suis pas un voyageur
je suis fou
et cette terre
est ma passion.

La fusion entre l’humain et le vivant devient un axe majeur de son œuvre. Il écrit encore :

« … j’ai choisi de faire de ma voix une pierre, et de la pierre, une mélodie. »

Son corps et son souffle deviennent paysages, végétaux, météores.

« Mon cœur est un arbre. »
« Mon idiome, c’est le murmure de l’eau, dans le fleuve des tornades, dans le kaléidoscope du soleil et du froment, dans le champ de bataille. »

Dans T’aimer ou ne pas t’aimer (1972), cette identification s’amplifie :

« Lorsque mes paroles étaient humus, j’étais l’ami des épis »
« Lorsque mes paroles étaient pierres, j’étais l’ami des rivières. »

Mahmoud Darwich ne chante pas seulement la terre — il devient la terre. Et par sa voix, c’est la Palestine elle-même qui devient poème, arbre, souffle, résistance et source.

 
 

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Ce site, animé par le Collectif Algérie-Machreq, est consacré à la mémoire historique de la Nation arabo-musulmane, à l'intellectualité, la spiritualité, la culture, l'expérience révolutionnaire des peuples arabes. La Palestine sera à l'honneur. 


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