Hommage à Mohsen Ibrahim, le combattant libanais de la révolution socialiste arabe et de la lutte anti-sioniste
Le mouvement révolutionnaire arabe a perdu, le mercredi 3 juin 2020, l'une de ses figures historiques : le Libanais Mohsen Ibrahim, décédé à l'âge de 85 ans. Je souhaite, à travers cet article, lui rendre hommage et préserver sa mémoire.
Né en 1935 à Ansar, un village du Sud-Liban, Mohsen Ibrahim laisse la gauche patriotique orpheline d’un grand leader. Il a fait ses débuts politiques au sein du Mouvement des Nationalistes Arabes (MNA), fondé en 1951 par plusieurs militants, dont le Palestinien Georges Habbache et le Syrien Hani El-Hindi, sous l’influence du philosophe nationaliste Constantin Zurayq. Dans les années 1960, le nationalisme arabe tend à se radicaliser à gauche, cherchant à conjuguer les principes de l’unité de la nation arabe et ceux de la révolution socialiste. Ce dialogue entre nationalisme arabe et marxisme aboutit à l’émergence de nouvelles tendances dans l’ensemble des pays arabes et au sein des organisations nationalistes. Mohsen Ibrahim s’inscrit dans cette évolution, rejoignant la gauche marxiste du MNA au Liban, au sein d’une fraction appelée l’Organisation des socialistes libanais.
Lorsque le MNA disparaît officiellement à la fin des années 1960, laissant place à un nouveau cadre, le Parti de l’Action Socialiste Arabe, Mohsen Ibrahim et ses camarades prennent leur indépendance et se rapprochent du groupe Liban Socialiste. Les deux entités fusionnent pour constituer l'Organisation d'Action Communiste au Liban (OACL), connue en arabe sous le nom de منظمة العمل الشيوعي في لبنان (Munazzamat al-‘Amal al-Shuyū‘ī fī Lubnān). Nous sommes en 1969.
Idéologiquement, l’OACL est un mélange de nationalisme arabe et de marxisme, influencé par les grandes tendances tiers-mondistes de l’époque, comme le maoïsme chinois ou la révolution vietnamienne, ainsi que par certains penseurs marxistes européens.
Dans les années 1970, sous la direction de Mohsen Ibrahim, l’OACL devient un pilier du Mouvement National Libanais, mené par Kamel Joumblatt, figure emblématique du Parti Socialiste Progressiste. Les combattants de l’organisation participent activement à la guerre civile libanaise, qui débute en 1975. Ce conflit est, en réalité, une guerre entre le camp national-révolutionnaire (composé de la gauche libanaise et des mouvements palestiniens) et la droite fasciste libanaise anti-arabe, soutenue par le régime syrien d’Assad. À travers El-Hurriyya, l'hebdomadaire de l’OACL, Mohsen Ibrahim fixait les orientations politiques.
En juin 1982, l’armée israélienne envahit à nouveau le Liban (après une première agression en 1978). Les combattants palestiniens armés sont contraints de quitter le pays, tandis que les civils palestiniens subissent des massacres, notamment dans les camps de Sabra et Chatila, en septembre de la même année. L’OACL forme alors une alliance militaire avec le Parti Communiste Libanais, le Parti Social Nationaliste Syrien et le Parti de l’Action Socialiste Arabe. C’est la naissance du Front de la Résistance Nationale Libanaise, qui devient le fer de lance de la lutte contre l’occupation israélienne. L’OACL donne au Liban et à la nation arabe de nombreux martyrs.
Dans les années 1980, Mohsen Ibrahim s’oppose fermement à la logique de guerre menée contre l’Organisation de Libération de la Palestine, et notamment contre le Fatah, sous l’impulsion du régime d’Assad lors de la fameuse « guerre des camps ». Vers la fin de cette décennie, il se retire progressivement de la vie politique, affaibli par la maladie qui le rongera longtemps.
Je ne partage pas entièrement la vision intellectuelle de Mohsen Ibrahim, et il y aurait beaucoup à dire sur son interprétation du nationalisme arabe ou sur la dialectique entre l’unité arabe et la révolution socialiste. Il n’en reste pas moins que cet homme a incarné, durant des décennies, la dignité et la conscience révolutionnaire arabe face aux puissances de l’injustice. Qu’Allah l’accueille dans Son vaste paradis.


