La Cité arabe de Dumat el-Djandal (دومة الجندل), trait d'union entre l'Arabie et la Mésopotamie antique, par Kamel Nasser
El-Jawf (الجوف), situé au Nord-Ouest du pays, est le nom d’une province de l'Arabie saoudite. Nous sommes en plein désert, non loin des frontières de la Jordanie et de l’Iraq. Ce désert est le Néfoud (صحراء النفود), un erg réputé pour ses vents violents et le sable rouge de ses hautes dunes.
Dans cette province se trouve la cité de Dumat el-Djandal. Et même si elle a quasiment disparu de la conscience arabe contemporaine, elle fut durant des siècles, et bien plus, la grande cité des Arabes, et cela bien avant l’arrivée de l’islam. En fait, elle est attestée dans les chroniques mésopotamiennes anciennes, sous le nom akkadien de Adummatu. Par ailleurs, traditionnellement, elle est associée à Dima, l'un des douze fils d'Ismaël.
Dumat el-Djandal a été une importante cité carrefour qui reliait les anciennes routes commerciales entre la Péninsule arabique (jusqu'au Yémen), la Syrie au Nord, et la Mésopotamie au Nord-Est. Adummatu est décrite comme la capitale de l’antique royaume arabe de Qédar (Kédar ou Qidri) dans les inscriptions akkadiennes de l'empire assyrien (qui datent de 845 av. J.-C. ). La ville et son royaume furent donc un acteur de la grande vie économique et politique du Proche-Orient ancien, et un trait d’union entre Arabes et Mésopotamiens (Assyriens et Babyloniens). D’ailleurs, Dumat el-Djandal fut un foyer important du culte dédié à la déesse mésopotamienne Ishtar. Nous connaissons les noms de plusieurs reines (ou des prêtresses plus justement) qui ont régné sur la cité : Samsi, Tabua, Tarabo'a et Te'el-hunu.
Dumat El-Djandal fut une ville prospère à l’époque nabatéenne, et les fouilles archéologiques de 1976 et de 1986, notamment menées par Ibrahim al-Khalil Muaikel, ont mis à jour la présence de fragments d’objets de poterie d’origine nabatéenne et aussi romaine. La ville sera intégrée dans l’espace romain en 106 après. J.-C., à la suite de la défaite des Nabatéens face à Rome. Elle retrouvera une autonomie politique en devenant, au 5ème siècle après notre ère, la capitale du royaume de la grande tribu arabe Kindah, qui annonce la constitution d’un empire arabe. Avec l’islam, la chose est faite et, en 633, le célèbre Khalid ibn el-Walid fait entrer Dumat el-Djandal dans la civilisation arabo-musulmane naissante.
En 2009, la Mission internationale archéologique de Dûmat el-Jandal (Arabie Saoudite, Italie, France) a été créée avec pour but de faire un état des lieux de la richesse patrimoniale du site et de mieux cerner l’évolution et les dynamiques d’occupation de l’oasis aux périodes préhistorique, classique et islamique. Parmi les enjeux, il y a celui de l’exploration du réseau hydraulique ancien (qanâts), l’étude d’un secteur fortifié de 35 ha dans la partie occidentale du site, l’inventaire des vestiges et des restes archéologiques, et les prospections archéologiques et épigraphiques dans un rayon de 30 km autour de l’oasis.

