21 février 2021
Martyr...
Aujourd’hui, nous sommes le 27 juin, et c'est son dernier jour.
Cette poignée d’heures et de minutes est le temps ultime qui lui reste à vivre.
Demain, à 10h45, le sang coulera, et son corps sera déchiqueté.
L’ennemi, aujourd’hui, prépare sa bombe.
Elle sera placée sous le siège conducteur de sa voiture, une R 16.
Sensible à la pression, elle explosera, emportant dans la mort cet homme aux « cent visages ».
Il était âgé de quarante et un ans…
Il était né en 1932, un 24 février.
Il sera mis en prison très jeune, car il avait « volé » à son patron colonialiste français le salaire qu’il refusait de lui payer pour son travail.
A 17 ans, il est chez les Scouts musulmans.
Il rejoindra la révolution de Novembre au sein de la Fédération de France du Front de Libération Nationale. Envoyé à Marseille, il sera l’homme des actions clandestines. Il fut un fedayin.
Les Anciens se souviennent peut être du nom de son commando : « La Spéciale ». Les cibles étaient les installations industrielles pétrolières (pipeline, dépôts pétroliers de Mourepiane).
En 1958, il est arrêté par la police et condamné à 20 ans de prison… Les rapports de police disent de lui qu’il est « dangereux et perturbateur ». Pourquoi ? Parce que dans les prisons, il organise les prisonniers algériens, élève leur niveau de conscience, mobilise les âmes en détresse. Et il joue des pièces de théâtres, sa grande passion depuis une dizaine d’année… Fresnes, la Santé, les Beaumettes et Angers... L’ennemi commet l’erreur, en le déplaçant d’une prison à l’autre, de diffuser encore plus la conscience nationale.
En 1961, il s’évade de la prison d'Angers, et rejoint à Tunis la direction du Front de Libération Nationale, où il s’occupe de la troupe de théâtre.
A l’indépendance, il est l’un des piliers de l’action culturelle patriotique, dirigeant le Théâtre national algérien, et la revue culturelle « Novembre », créant le premier quotidien algérois, Alger ce soir. En juin 1965, au moment de la bascule du pouvoir, il se rallie à Ahmed Ben Bella et entre dans l’opposition à Houari Boumediene.
Exilé en France, il s’occupe du Théâtre de l’Ouest parisien à Boulogne-Billancourt). Le théâtre, et la poésie, toujours…
Il met en place une nouvelle organisation politique le Front de Libération National-Clandestin/Rassemblement Unitaire des Révolutionnaires. Elle incarne une ligne intellectuelle oppositionnelle, marxiste-patriotique.
Mais la Palestine devient, peu à peu, La Cause…
Il rejoint les rangs de la révolution palestinienne et met son cœur et ses dons au service du Front Populaire de libération de la Palestine.
Avec l’ennemi, il n’est pas tendre ; et l’ennemi le sait.
Demain, ce 28 juin 1973, Mohammed Boudia mourra.
Mais… même si nom est oublié dans la jeunesse algérienne d’Algérie, même si son nom est oublié dans la jeunesse algérienne de l’émigration, même s’il ne reste personne pour honorer sa mémoire, Mohammed Boudia aura fait de sa vie une déclaration d’amour à la patrie, à la Palestine, à la causes des déshérités de la terre.
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