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في سبيل العروبة الحضارية - Sur le chemin de l'arabité civilisationnelle
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18 novembre 2021

Hypothèse et Intuition à propos de la déchirure du mouvement révolutionnaire algérien, par Kamel Nasser

Messali 59

 

J’ai l’intime conviction que le berbérisme a joué un énorme rôle dans la fracture du mouvement algérien de libération nationale dans les années 1950, entre le FLN et le MNA, entre le novembrisme et le messalisme. Jusqu’à nos jours, un grand nombre de ceux qui se réclament de la révolution du 1er novembre vouent aux gémonies les militants messalistes, accusés d’avoir trahi l’idéal indépendantiste. De leur côté, les messalistes dénoncent la mainmise du FLN sur le processus révolutionnaire enclenché du dedans du MTLD et de l’OS. Triste constant d’une cassure qui pèse encore.

Si nous regardons l’histoire de l’Étoile Nord-Africaine, du Parti du Peuple Algérien et du Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques, nous pouvons percevoir en son sein l’existence de deux sensibilités idéologiques assez distinctes. Les deux sont pleinement indépendantistes, les deux aspirent à la libération de l’Algérie de la tutelle coloniale. Où donc se situe la divergence ? Elle se situe dans la nature même de ce qu’est l’Algérie. Avec Messali Hadj, il est clair que l’Algérie est arabe et musulmane, membre de la Nation arabe et du monde islamique ; Cet arabisme et cette islamité constituent le socle du messalisme au sens strict du terme, et il est le courant majoritaire du nationalisme algérien.

 La seconde tendance est celle de ces militants et cadres de l’ENA, du PPA et du MTLD qui revendiquent, souvent d’une façon radicale et immédiate (sans tenir compte des rapports de forces) l’indépendance de l’Algérie, mais il s’agit d’une Algérie « algérienne », une Algérie séparée de la France coloniale, certes, mais aussi de la sphère arabo-islamique. Cette Algérie est souvent pensée sur un mode ethniciste, avec un accent important mis sur ses racines « berbères »… Idéologiquement, même si cette tendance était critique à l’égard du PCA (parti qui voulait maintenir l’Algérie dans l’union française) était fortement marquée par le marxisme francophone. Dans leurs analyses, ces militants et cadres se démarquèrent, après la fin de la seconde guerre mondiale, de la direction du mouvement messaliste, en utilisant un double argumentaire : un argumentaire ethno-culturaliste (berbériste) et un argumentaire de classe (opposition entre masses populaire et notables/féodaux). La direction du PPA-MTLD est dénoncée car elle serait entre les mains d’une élite de notables panarabes..

La crise berbériste en 1947-1949 fut l’expression de cette divergence dans les représentations de l’Algérie. Le projet des « berbéro-matérialistes » était de défendre une « Algérie algérienne », somme arithmétique de divers groupes ethniques... L'Algérie serait, à la fois, d'Orient et d'Occident, ou encore ni d'Orient ni d'Occident. Ce berbérisme est présent aujourd'hui dans le cadre du berbérisme-algérianiste. On ne dira jamais assez à quel point cette conception fut forgée par le courant communiste, comme l’atteste le discours de Maurice Thorez de 1939, avec sa théorie de « la nation en formation ».

Il faut aussi noter que la question palestinienne a représenté, et c’est encore le cas de nos jours, une ligne de fracture entre ces deux tendances du PPA-MTLD. Ainsi, Mohand Ali Yahia dit Rachid, un ancien étudiant du lycée Ben Aknoun, membre du comité directeur du PPA-MTLD, en mai 1949, fait adopter par la direction politique du parti une motion dénonçant le « mythe d’une Algérie arabo-islamique ». Il défend la thèse de «  l’Algérie algérienne » et refuse de participer à la souscription lancée par le parti sur la Palestine.

Dans les années 1940 et jusqu’en 1952-1953, la direction du PPA-MTLD estime que la voie électorale est celle qui doit être pratiquée, afin d’élargir la base sociale du courant nationaliste. La fraction berbériste, elle, se veut politiquement radicale. Par exemple, Bennaï Ouali et Amar Ould-Hamouda préconisent l’entrée dans une clandestinité totale et la préparation de la lutte armée
Sans entrer dans le détail, disons que si une partie des berbéristes quitte le PPA-MTLD pour rejoindre le PCA (comme Omar Oussedik), à la fin des années 1940 et aux débuts des années 1950, une autre partie entre dans la clandestinité pour laisser son empreinte sur le processus d’organisation de la lutte armée.

Après le déclenchement de la révolution du Premier novembre, il existe au sein du FLN une orientation nationaliste algérianiste pour laquelle la référence aux constantes nationales (islam et arabité) doit être écartée. Le Congrès de la Soummam (1956) sera l’expression de cette tendance.

Certains commentateurs mettent en avant le fait que le congrès de la Soummam qui appelait à la liquidation des berbéristes et messalistes. Il me semble que cette opposition n’est pas du même ordre : l’opposition soummamienne aux berbéristes n’est pas idéologique. Les deux partagent le rêve d’une Algérie indépendante désarabisée. L’opposition est d'ordre organisationnel. En effet, le Congrès de la Soummam préconise l’unification organique des indépendantistes, et donc la mise à l’écart des forces non affiliées au FLN. D’où l’incorporation dans le FLN de plusieurs groupes politiques, comme les Oulémas et le PCA). En revanche, je tiens pour certain le fait que l’opposition aux messalistes est simultanément organisationnelle et et idéologique. C’est parce que le messalisme est globalement arabo-musulman, dans sa culture, dans sa vision de l’Algérie, qu’il fut décrié par le bloc soumamien.

Cela ne remet nullement en doute la responsabilité du MNA (qui prend la suite du PPA-MTLD) et de la direction de Messali Hadj dans la crise interne au nationalisme révolutionnaire algérien. L’autoritarisme du za’im, le conflit des générations, le réformisme électoraliste furent des facteurs négatifs…

N’oublions pas aussi la manipulation par les services d’espionnage de la France coloniale qui voulaient à tout prix éviter une convergence entre le messalisme et le FLN.

En résumé : Le courant nationaliste algéro-algérianiste est présent dans le nationalisme algérien (ENA, PPA, MTLD, FLN). Son paradigme est celui d’une Algérie indépendante, mais désarabisée (l’arabité étant interprétée comme synonyme de féodalisme, de régression religieuse). Certes, ce courant était indépendantiste, mais il était aussi hostile aux forces sociales qui réclamaient de l’arabité et de l’islam (dans le FLN, et le MNA).

Aujourd’hui, plus que jamais, nous avons besoin de poser les conditions de la nécessaire convergence des mémoires révolutionnaires arabo-musulmanes de l’Algérie.

 

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Ce site, animé par le Collectif Algérie-Machreq, est consacré à la mémoire historique de la Nation arabo-musulmane, à l'intellectualité, la spiritualité, la culture, l'expérience révolutionnaire des peuples arabes. La Palestine sera à l'honneur. 


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